samedi 23 avril 2016

La croix celtique : Une figure de la Déesse chrétienne originelle ?



Quand j'observe de l'art ancien, j'aime me livrer à un petit exercice consistant à faire abstraction de son arrière plan culturel pour ressentir directement l'impact émotionnel (et donc psychologique inconscient) que peut susciter l’œuvre sur ses spectateurs (l'inconscient joue par ailleurs un grand rôle dans les  productions artistiques...).

Ainsi, on peut s'amuser à traduire la plupart des « Christ en croix » comme avertissant les naturiens des châtiments qu'il subiraient s'ils oseraient s'aventurer dans les villages… ^^

D'habitude, j'aime assez peu les croix et leur géométrie aride, préférant nettement les courbes et les formes organiques aux rectilignes rigides…

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Il en est cependant une qui m'a toujours touchée, c'est la « croix nimbée », plus récemment appelée « croix celtique » (symbole d'une version du christianisme du même nom combattue puis oubliée*), composée d'une croix chrétienne auréolée d'un cercle centré en son cœur.

Pour comprendre cet « engouement », je me suis donc à nouveau prêté à ce petit jeu de la « lecture intuitive déconditionnée », et ce que j'y ai trouvé m'a pas mal plu :

Prenons déjà la croix dite « romaine » (avec la patte inférieure plus longue que les trois autres) : si je met de côté son aspect « instrument de torture », d'y vois une représentation plus agréable, à savoir l'abstraction d'une figure humaine debout, qui ouvre grand ses bras, en signe d'accueil.
Si on superpose à cette figure humaine la nimbe, j'y vois un halo rayonnant (à l'instar de l'auréole) émanant du cœur (centré sur le croisement des deux branches), de quoi bien renforcer l'aspect accueillant et « humain » (adjectif employé pour désigner quelqu'un qui a du cœur).

Ensuite, je me suis amusé à sélectionner les croix nimbées qui me plaisaient le plus, celles que je trouvais intuitivement les plus belles, et celles-là avaient généralement toutes l'une ou l'autre voire les deux de ces particularités : l'empattement des branches (évasées, élargies vers l'extérieur) et les coins intérieurs creusés de cercles.

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Faisons un instant abstraction de la nimbe et observons ces particularités : l'empattement peut donner l'aspect général d'un vêtement ample (tunique, robe etc.), mais ce qui m'intéressera le plus, ce seront bien ces quatre trous circulaires qui pour moi représentent intuitivement quelque chose de très précis, et donnant une information intéressante sur la nature et l'identité du personnage figuré par la croix : les cercles supérieurs semblent détailler la courbe du cou entre la tête et les épaules, et les cercles inférieurs le creux de la taille qui se dessine entre le buste et les hanches, conférant à cette être représenté un aspect définitivement féminin.

Je dis définitivement car si habituellement les auréoles sont représentées émanant de la tête des saints personnages, siège de l'esprit généralement considéré comme masculin, ici elle part du cœur, siège de l'Amour, des émotions, sentiments, affections, sensibilité considérés comme féminin (bien qu'étant moi-même assez réfractaire à ces catégories sexuées...).

Étant donné que je considère déjà que l'essence du christianisme est féminine et « matristique » (quoique récupéré et neutralisé par les patriarcaux livres vétérotestamentaires et pauliniens), je n'ai donc aucun mal à lire en ces douces et accueillantes croix nimbées des figurations de la Déesse chrétienne représentée par Maria Théotokos** (littéralement « Mère de Dieu » et donc de Tout, Mère Universelle, Vierge = Libre et indépendante comme le signifie l'étymologie), nous invitant par l'exemple ses bras ouverts et son cœur rayonnant à être le meilleur de nous-même en dépit de l'adversité, c'est à dire à être pleinement humains, empathiques et bienveillant les uns envers les autres...



Étonnante version très "Ishtarienne" Source
*Le christianisme celtique, issu d'une culture celte s'étant largement « dépatriarcalisée » en absorbant la « matritude » locale, dénote du christianisme « officiel » par de nombreux points de désaccords fondamentaux importants : contrairement à celui qu'on connaît aujourd'hui qui est pyramidal, dualiste et misogyne (entre autres nombreuses choses), le christianisme celtique est libertaire, moniste et égalitaire… Je pense personnellement que la grande vague des mouvements dits du Libre-Esprit en font partie...

** Pour ma part, l'anthropomorphisme du divin peut être compris de deux façons: la première est de faciliter la relation "affective" au principe présenté par identification (allégorie), la seconde pourrait en fait carrément désigner quelque chose d'humain: ou bien des archétypes propres à notre espèce, ou bien notre espèce elle-même, désigné par un seul individu maternel intelligent dont nous sommes les "cellules" qu'elle produit avec leur sensibilités propres selon ses besoins, et dont la conscience collective repose sur nos inconscients collectifs mis en réseau au travers de nos champs magnétiques connectés entre eux... Enfin bon je sais pas si c'est fondé mais j'aime bien l'idée! ^^


Quelques analogies de forme en vrac:
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