samedi 5 novembre 2016

L'Amour a ses raisons que la raison (patriarcale) ignore (et volontairement en plus!)...


Si je devais résumer l'axe essentiel autour duquel s'articule ma réflexion naturienne, ce serait dans le mot « déconditionnement », car nos cultures et éducations actuelles nous éloignent de notre nature en opérant divers « conditionnements », souvent à l'aide d'une forme ou une autre de violence psychologique, et l'une des plus utilisée en matière de sentiments est la culpabilisation.

C'est ce domaine de ma vie intérieure qui se déconditionne en ce moment, ce depuis quelques années, mais la chose étant en train de prendre une tournure plus concrète aujourd'hui, c'est l'occasion de vous proposer une réflexion plus approfondie sur le sujet :



Dans notre culture marquée par le patriarcat (filiation paternelle impliquant le contrôle de la sexualité), le modèle amoureux de référence reste idéalement le couple, si possible pérenne, en tout cas exclusif, mais cet « idéal » (pourtant artificiel) est tellement difficile à mettre en pratique, étant donné les « efforts nécessaires » qu'il réclame, l'étendue des petites ou moins petites « entorses » (en actes inavoués ou ne serait-ce qu'en désirs inassouvis) ainsi que les tensions directes ou indirectes qu'il génère, qu'il n'est pas raisonnable de le considérer comme naturel à notre espèce.
Au contraire, un modèle plus ancien, maladroitement appelé « matriarcat », articulé sur une autre structure familiale n'ayant aucun besoin de restreindre la liberté amoureuse, montre une simplicité, une facilité de mise en œuvre et un impact psycho-social autrement plus bénéfique pour notre espèce.

La découverte de ce système matrilinéaire-avunculaire-communautaire a pour moi été un véritable soulagement me permettant enfin et progressivement de déculpabiliser ma tendance polyamoureuse (car si on peut maîtriser certains actes, on ne ne maîtrise pas les élans de son cœur) et même peu à peu de lui retrouver un sens noble et constructif :

Déjà, qu'est-ce que j'entends pas « polyamour » ?
Habituellement le polyamour est compris comme le fait d'entretenir des relations amoureuses avec plusieurs personnes.
Pour ma part j'aime élargir cette définition en rappelant que l'Amour regroupe un vaste champ de sentiments, d'émotions, d'affections, s'étalant entre ces trois pôles principaux que sont l'amour familial, l'amitié et les relations intimes. Dans ce sens, sans mélanger ni instaurer de barrières hermétiques entre ces pôles, j'y vois un infiniment subtil nuancier permettant d'affirmer que le polyamour désigne également différents sentiments et par conséquent différentes façons d'aimer.

Dans ce nuancier sentimental, il y a déjà différentes intensités d'amour, plus ou moins forts, plus ou moins intenses, plus ou moins durables (car la Vie peut se montrer changeante dans les évolutions de la Nature), mais surtout, chaque personne étant différente et unique, c'est à chaque fois quelque chose de spécifiquement propre qui nous touche et nous fait vibrer en chaque personne aimée.

Les normes affectives actuelles ne nous permettent que deux options très codifiées et clivées en dehors des affections familiales : l'amitié plurielle mais « distante » ou l'amour fusionnel, unique et absolu , tous deux allant trop souvent en-deça ou au-delà de ce que nous éprouvons réellement, ce qui relève du véritable sacrifice quand on en vient à éprouver des sentiments entre-deux pour plusieurs personnes.
Et de ce fait, dans le « choix » amoureux imposé, l'amour devra donc être parasité par d'autres exigences étrangères comme la capacité à vivre ensemble (qui peut même devenir un tue-l'amour pour certains s'il ne fonctionne pas suffisamment) reposant sur des goûts, une compréhension et une organisation en commun, sans parler du contexte social dans lequel naîtra le couple, comme la confrontation avec les familles respectives etc.

La contrainte socio-morale nous pousse même à associer et « prouver » la « véracité » de l'amour à notre capacité d'endurer de la souffrance quotidienne (ce que désigne discrètement la notion « d'engagement » qui constitue en réalité un véritable « pari » incertain sur nos capacités à surmonter des conditions pouvant devenir défavorables, usantes et même parfois toxiques, pouvant à leur tour transformer un amour idéalisé en détestation bien réelle…) … ou à vouloir « changer l'autre » pour qu'il se conforme à un idéal qui le dénature...

Alors si l'amour peut effectivement servir de force pour surmonter momentanément un passage difficile le temps qu'un équilibre satisfaisant puisse se réinstaurer, ce n'est, à mon sens, pas du tout sa fonction première, et le mythe de « l'amour plus fort que tout » est soit faux, soit mal interprété :

L'amour est effectivement une grande et belle force, un élan intérieur poussant à un mouvement extérieur, donc en soi quelque chose de très dynamique et vivant.
Mais cette force n'est pas invincible, et comme toute force elle nécessite d'être alimentée sans quoi elle s'essouffle et sa source se tarit (j'y reviens un peu plus bas).
Beaucoup s'avancent à affirmer que cette force qu'est l'amour est même le moteur de l'Univers, de la Vie, de la Nature, et j'aime à le penser aussi.
Mais tout comme l'Univers, la Vie, la Nature sont diversifiés, polymorphes, pluriels, il ne faut pas s'étonner que l'Amour le soit aussi.

Pour ma part, et plus « organiquement », j'aime beaucoup me représenter les choses ainsi :
Tout comme notre corps est composé de cellules qui naissent, agissent selon leur fonction propre et meurent non pour elle-mêmes mais pour l'ensemble dont elles font partie, chacun d'entre nous est produit et « programmé » par notre espèce (et par extension la Nature) considérée comme étant le grand corps invisible dont nous sommes les cellules. Nos sensibilités et sentiments spécifiques sont, tout comme nos organismes et nos comportements, produites par notre espèce pour satisfaire aux besoins d'un ensemble auquel nous participons.
Dans notre espèce particulièrement à la fois complexe et peu spécialisée, l'Amour est une impulsion vitale qui réponds à un besoin bien plus riche et bien plus étendu que la simple reproduction dont bien d'autres espèces se contentent : l'humanité étant une espèce particulièrement sociale, et cette sociabilité extrême étant à la base de nombreuses de nos particularités (c'est proprement notre force en tant qu'espèce « nue : sans armes ni armures naturelles), l'amour dans sa riche diversité est un moteur social extrêmement important et puissant satisfaisant aux besoins de cohésion sociale.

Et pour nous pousser à nous plonger corps et âme dans cet amour vital pour elle, notre espèce développera en nous tout cet éventail de désirs sentimentaux et récompensera leur satisfaction d'un plaisir inégalé et d'autant plus profond qu'il se sera exprimé dans la douceur et la subtilité.
Certains dont je fais partie pensent même que cet amour pleinement vécu donne naissance à la profonde sensation mystique que de nombreux religieux recherchent en vain en dehors de cette voie naturelle...

De ce fait, non seulement la répression des sentiments et des manifestations qu'ils appellent est particulièrement frustrante pour les individus qui en ressortent plus nerveux et tendus, mais c'est surtout tout le tissus social qui en perd gravement en cohésion et se disloque, au grand intérêt des pouvoirs dont la division est essentiel au règne.


Je vais revenir un moment sur la nature de ces sentiments et des réalisations qu'ils inspirent : notre éducation, masculine (et du coup machiste) notamment, réprimant souvent tout le développement du champ de la sensualité, tout désir «charnel » va immédiatement être associé à du désir sexuel. Or tous les sentiments ne réclament pas systématiquement une telle intimité.
Je crois même que dans l'absolu naturel déconditionné, la plupart des « petits amours » n'aspirent qu'à une relation charnelle extérieure, ce qu'on appelle le câlin (non-sexuel), qui peut aller jusqu'à un peau à peau très intense et particulièrement bénéfique.

Par ailleurs, parmi ces sentiments et désirs, il me semble important de comprendre que l'Amour a deux «sens » : un premier sens « réceptif », le besoin de recevoir de l'amour, qui nous permet de développer sainement notre âme et la maintenir en « forme », mais une fois que ce besoin est satisfait, il génère une capacité plus grande encore, son sens « émissif » : le besoin de donner de l'amour, qui nécessite la satisfaction du premier pour se développer (ou en tout cas a du mal à s'en passer), mais multiplie ensuite ce qu'il a reçu pour le distribuer autour de lui…
Cette amour devenu « exponentiel », qui nourrit à le fois celui qui reçoit et à la fois celui qui donne est à mon avis la même chose (quoique dépuritanisée) que ce que certains appellent « l'amour inconditionnel » mais trop souvent présenté comme un idéal éthéré et inatteignable faute d'outils de compréhension (et donc de déconditionnement/réaménagement) adaptés…
À mon sens l'amour inconditionnel relève donc en premier lieu de son déconditionnement (notamment de sa quasi exclusive spiritualisation) avant que de pouvoir atteindre son noble but de pouvoir se donner sans condition...


À trop vouloir faire de l'amour une notion purement spirituelle, je pense qu'on l'éloigne d'autant plus de nous, car on l'empêche de « s'incarner » et de devenir enfin opérant et bénéfique.
Accepter de « redescendre » et de suivre son cœur est à mon avis la meilleure, si ce n'est la seule voie à suivre en matière de réparation humaine du point de vue des sentiments.
Mais pour se faire, il faut nécessairement en passer par la déculpabilisation du cœur et de l'amour dont il peut déborder, et dont il peut demander l'accomplissement, dans l'une ou l'autre de ses subtiles nuances.
Le chemin vers l'Amour ne peut se faire sans amour, à commencer par l'amour-propre, et l'amour des différents amours qui animent nôtre âme et le corps dont elle est la vie…

Après, il est aussi clair qu'en l'état actuel des choses, toutes les amours amoureux que j'éprouve ne sont pas nécessairement réalisables et doivent se contenter de manifestations simplement bienveillantes : j'aime plusieurs femmes, chacune différemment, mais pas question pour moi de les mettre dans l’embarras, qu'elles soient déjà en couple, mères de familles, ou simplement aspirant à l'être, il n'est parfois même pas question pour moi de l'évoquer.

Et puis il y a aussi une dynamique mystique dans l'amour, s'appuyant parfois sur certaines asymétries sentimentales pour nous faire évoluer…

Qu'importe, l'important c'est d'aimer, et d'aimer aimer...


[Edit du 10/11/2016: La publication de cet article sur mon mur FB a suscité une forte controverse mettant en cause mon équilibre psychologique, mon intégrité intellectuelle et ma vie privée. Si vous souhaitez vous informer des torts qui me sont reprochés, vous pouvez le faire en consultant le post en question ici ]

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 Mise à jour du 16/11/2016 - Complément de réflexion :

Suite à la lecture de cet article, plusieurs personnes ont attiré mon attention sur un fait que je n'avais pas remarqué, à savoir que le terme "polyamour", même redéfini par mes soins, restait "restreignant", et passe finalement dans son étymologie à côté du cœur du sujet:
L'important n'est pas la quantité de personnes aimées simultanément, même si c'est chose parfaitement possible, mais plutôt la "qualité" d'amour ressenti et manifesté par le comportement, à savoir s'il est exigent/contrôlant ou au contraire dans le laisser-être et le lâcher prise.
Il serait donc plus approprié de parler de "Libre-Amour", définissant l'attitude d'accepter telles quelles les diverses implusions du cœur et leurs éventuelles fluctuences, chez les autres et en premier lieu en soi-même...
 Mise à jour du 10/07/2017 - Supplément vocabulaire: 

 "Amour-inclusif" semble être un terme encore plus juste que "Libre-Amour", car il suggère quelque chose de plus constructif et moins consumériste finalement...