mardi 16 mai 2017

L'Eros gymnosophique...

"Galatée, Acis et Polyphème" - Anatoly Petrov - 1996



Ce film d'animation russe relate le mythe de la néréide Galatée, amoureuse du berger Acis, demandant à Aphrodite (Vénus) de lui venir en aide afin de rendre cet amour réciproque. La Déesse de l'Amour charge donc son fils Eros (Cupidon) de susciter le sentiment dans le coeur d'Acis, puis le turbulent petit dieu s'en va retrouver ses amis nymphes et satyres dans les bois. L'un de ces derniers lui propose pour s'amuser de rendre le cyclope Polyphème  amoureux de Galatée, mais le géant monoculaire, après avoir tenté de la séduire maladroitement, entre dans une fureur en surprenant les deux amants, et écrase Acis sous un rocher d'où coulera ensuite une source...


En plus du gros coup de cœur, je n'ai pu m'empêcher, en tombant sur ce dessin-animé, de penser à Marcel Kienné de Mongeot, le fondateur du mouvement nudiste français, et sa pensée gymnosophique:

Premièrement, parce que la culture pan-héllénique, dont est issu le mythe repris par le dessin-animé, est le référentiel majeur d'où seront puisés tous les principes naturo-hygiénistes du nudisme.
On pourrait résumer le coeur de ces principes gymnosophiques par cette citation "Mens sana in corpore sano" du poète Juvénal traduisant précisément en latin l'idéal grec antique, demandant aux dieux la faveur d'un esprit sain dans un corps sain.
Ce qu'il faut comprendre dans cette invocation, en termes hygiénistes, c'est qu'un esprit ne peut être sain si son siège corporel ne l'est pas, et s'il ne recherche pas avant toute chose cette impérative santé corporelle sans laquelle tout s'effondre.

Si le naturisme hyppocratique se concentre principalement sur la qualité de l'alimentation pour favoriser la santé, la gymnosophie insistera principalement sur l'activité physique sculptant naturellement le corps et le rendant beau (la beauté étant comprise comme le résultat manifeste de la bonne santé), la nudité étant l'état optimum permettant cette activité et étant la plus à même d'émaner la beauté naturelle.
Ce qui est frappant dans cette beauté des corps représentée, c'est qu'elle n'est pas uniquement le fait de la "plastique" athlétique des individus ayant pu se développer naturellement, mais qu'elle émane aussi d'un profond bien-être des esprits-corps sains parce que libres: libres de leur mouvements de par un mode de vie simple au contact des éléments vivifiants, nourrissants, purifiants de la nature, et libres des contraintes sur-civilisationnelles et pudibondes qui pèsent sur nos vies et les étouffent aujourd'hui.

En mettant en avant de manière aussi éclatante le bien-être, la douceur de vivre, et in fine la sensualité du quotidien restitués par la liberté-santé-beauté des corps-esprits, le film d'animation amène à un élément cher aux yeux de Kienné de Mongeot mais que ses émules auront du mal à accepter et finiront par occulter: le notion d'Eros, qui plus est incarnée par le petit dieu indomptable.
L'Eros ne représente pas uniquement l'impulsion aphrodisiaque qui nous invite à l'amour reproducteur, ce coeur de la Vie déjà très mal accueilli par nos cultures maladivement et artificiellement pudibondes, mais concerne également l'ensemble des élans vitaux qui animent le mieux chacun de nous.
Ce dessin animé a le mérite d'enfin nous montrer une nudité saine, naturelle* et vivante, tandis que le nudisme aujourd'hui se partge entre les deux extrêmes opposés que sont une certaine forme (majoritaire) d' "asexualité" et une forme (minoritaire) d' "hypersexualité", toutes deux issues d'un amalgame automatique entre sensualité et sexualité, et je dirais même entre sexualité et débauche:
Il est frappant de constater qu'en plus de la nudité intégrale et de la volupté des postures, deux scènes de sexes sont représentées, pleines de modestie, de discrétion mais aussi d'une tendresse particulière, et surtout déchargées toutes les pressions exhibitionnistes et voyeuristes que nous connaissons aujourd'hui, et cette absence de parasitages est justement dûe à la liberté d'être et de faire selon les besoins de la nature que représente l'idéal grec repris par les gymnosophes modernes...

Puissent les déesses et dieux anciens influencer dans ce sens l'évolution du mouvement nudiste dont le rôle est bien de nettoyer  les complexes pathogènes des pudibonderies patriarcales** qui pourrissent nos sociétés...


* exception faite de l'absence de pilosité corporelle qui me chiffonne un brin, mais il me faut bien admettre que contrairement à la majorité des autres représentations historiques qui "falsifient" la réalité en travestissant les corps d'autrefois selon les contraintes moralistes actuelles, ce film d'animation a le mérite de respecter les modes de la culture à laquelle il se réfère...
** La liberté amoureuse diversement exprimée dans ce mythe (dont il existe plusieurs versions, dont l'une moins "dramatique" permet à Polyphème de se consoler auprès d'autres néréïdes) manifeste la nostalgie des modes de vie pré-patriarcaux où la noblesse des sentiments, même passagers, était reconnue et appréciée...