lundi 10 juillet 2017

Digressions zodiacales...

Le magazine nudiste "La Vie au Soleil", m'ayant déjà commandé quelques illustrations et dans lequel j'ai publié deux articles, m'a demandé cette fois-ci une série de vignettes pour illustrer son horoscope de la prochaine rentrée dans son prochain numéro de l'été (publiées ici, mais les droits restent du coup réservés).

(Droits réservés LVS/JW)

Ne pouvant me cantonner à redessiner bêtement ces douze signes zodiacaux, je me suis amusé à explorer l'histoire mythologique que chacun raconte, pour me faire ma petite sauce personnelle...

La consigne y était bien évidemment que les personnages y soient nus, or, comme pour beaucoup d'entre eux il s'agit d'animaux (ou même d'objets), je les ai soit humanisés, soit accompagnés d'un personnage humain. Et comme ils sont majoritairement masculins, j'ai voulu équilibrer par des personnages féminins... qui sont devenus majoritaire de par ma féminophilie... ^^

Les voici donc, accompagnés des explications du sens que j'ai souhaité leur donner:



BELIER
(Droits réservés LVS/JW)

Le signe du Bélier fait référence à Chrysomallos, le bélier ailé au cornes et à la fameuse la toison d'or, fils de Poséidon et de la princesse tarce Théophané. Envoyé par les dieu Hermès/Mercure et Zeus/Jupiter pour sauver Phrixos et Hellé. Au cours  de la traversée de la mer noire, la jeune Hellé tombe et se noie, pour devenir une divinité protectrice. Arrivé en Colchide, son frère Phrixos sacrifiera Chrysomallos en l'honneur de Zeus et offrit sa toison d'or au roi Eétès... Curieuse façon de remercier la fantastique monture qui n'est pas pour grand-chose dans la mort d'Hellé... ^^


 TAUREAU
(Droits réservés LVS/JW)

Le signe du Taureau peut faire référence à plusieurs histoires, et si l'une des deux autres, le reliant lointainement à la Gorgone par le biais du taureau d'airain, a attiré mon attention, ce n'est finalement pas celle-là que j'ai retenu. Je me suis permis un petit "téléscopage généalogique": Initialement, dans l'histoire que j'ai choisi, le Taureau ne représente pas le Minotaure, mais le taureau blanc offert par Poseidon/Neptune à Minos. Suite à une petite entourloupe du roi à l'encontre du dieu, ce dernier se venge en faisant naître un amour interespèce entre le taureau et Pasiphaé, la femme de Minos. De cette union naîtra Astérion, le Minotaure ("le taureau de Minos"), enfermé pour rester camouflé dans le labyrinthe de Dédale et rendu cannibale par Minos. La reine Pasiphaé elle-même fille de Persé, une océanide, que j'ai voulu représenter comme consolant son fils/petit-fils puni du simple fait d'exister...

GEMEAUX
(Droits réservés LVS/JW)

... bon, pour les gémeaux, j'étais pas très satisfait de la référence mythologique: il devrait s'agir soit de Castor et Pollux, fils de la belle Hélène de Troye, soit de Romulus et Remus les fondateurs de Rome allaités par la Louve. Si cette dernière référence m'inspire plus que la première, je ne l'ai pas choisie non-plus et me suis donc permis de faire abstraction ce cette origine mythologique là et m'en référer à différentes représentations médiévales qui représentent non-pas deux garçons, mais un homme et une femme (comme par exemple dans les très riches heures du duc de Berry illustré par les frères Limbourg). J'imagine que cette "innovation" s'inspire soit du mythe de l'androgyne primordial, soit d'Adam et Eve (ou plutôt Lilith), ou peut-être encore d'une influence plus celtique qui m'échappe... Quoi qu'il en soit, mettre en regard le féminin et le masculin m'a semblé important, dans une même paradoxale membrane utérine (comme les vrais jumeaux tandis que les sexes différents, nécessairement faux-jumeaux, croissent dans des poches différentes), reliés par le cordon, étant chacun le placenta nourricier de l'autre...


CANCER

(Droits réservés LVS/JW)

Pas grand chose n'est expliqué à propos du signe du cancer, si ce n'est qu'il était un petit crabe ami de l'Hydre de Lerne, qui tenta de combattre Hercule/Héraclès mais finit écrasé sous son pied, et que Poséidon/Neptune le ranima et l'amplifia pour l'intégrer à son armée. C'est Héra/Junon, déesse de la maternité (entre autres, mais c'est cet aspect, moins patriarcal que son autre attribution au mariage monogamique fidèle, sur lequel j'ai voulu insister) qui le plaça dans le ciel. La grenade que porte Junon est le symbole de l"'amour conjugal"... dans lequel je l'ai faite croquer telle une Eve un peu désobéissante, car c'est probablement une fonction tardive qui lui a été imposée pour la neutraliser... ^^


LION
(Droits réservés LVS/JW)

Le signe du lion désigne le Lion de Némée, lion merveilleux au cuir imperçable, mais qui périt tout de même étranglé par Héraclès/Hercules, qui se fit une armure de cette peau (je n'ose imaginer comment le héros a pu la récupérer si elle était impossible à découper...). Le lion de Némée est le fils d'Echidna (mère de nombreux grands monstres célèbres), que j'ai souhaité représenter, car elle est une très vieille déesse-serpent dont la fascinante morphologie n'est pas sans évoquer la belle mais terrible Méduse, l'une des trois gorgones (à l'écho matristique certain), ou encore la plus récente et gauloise Mélusine...

VIERGE
(Droits réservés LVS/JW)

La vierge a pu désigner toutes les grandes Déesses de l'Antiquité (Isis, Déméter, Artémis, Athéna...), mais plus particulièrement Astrée/Thémis, déesse de la Justice, qui quitta la terre dégoûtée par la corruption qui atteint l'humanité après l'âge d'or. Cette compréhension est particulièrement intéressante de mon point de vue de "Matriarcophile" puisqu'il illustre discrètement le sens originel de "vierge" et permet d'en comprendre le glissement sémantique:
Vierge, provenant de la même racine étymologique que les mots vigeur et virilité, désigne la force, et par extention la liberté, l'autonomie et la pureté (par opposition à la pollution). C'est ce dernier sens de pureté qui fut utilisé pour opérer le glissement sémantique transformant cette force en dépossession et minorité sexuelle. L'âge d'or pourrait désigner, comme le suggère Lucas Chranac'h dans ses peintures éponymes, l'ère matristique où, sous l'égide des Déesses-mères, régnaient la Justice, l'équilibre et l'harmonie, retournées au ciel (le monde des idées, les souvenirs, les aspirations spirituelles élevées) avec l'apparition progressive de la corruption patriarcale, polluant la terre et l'humanité...

BALANCE
(Droits réservés LVS/JW)

Le signe de la balance est relié à celui de la Vierge puisqu'il est sont attribut (la justice). Pour le coup, dépourvu d'autre mythe à me mettre sous la dent, j'ai poursuivi dans la logique anti-patriarcale (patriarcat qui, en voulant instaurer la paternité et lui inféoder la maternité, inégalise les sexes et instaure ainsi une injustice profonde). Le personnage féminin anonyme, rappelle à son homologue masculin (pas mauvais par nature mais manquant parfois d'un peu de jugeotte), comment fonctionne ce juste équilibre et l'importance d'en prendre soin...


SCORPION
(Droits réservés LVS/JW)

L'une des histoires rattachées au signe du scorpion est celle du géant chasseur Orion, qu'une Déesse, Artémis, Héra ou Gaïa, irritée par sa violence et sa prétention, fit périr en lui envoyant le seul animal capable de la vaincre, un petit scorpion discret. Parmi ces trois déesses, j'ai choisi de représenter Gaïa, directement meurtrie par la sur-chasse de ses enfants animaux par Orion, sur-chasse (sens de la prétention et de la violence) mettant à mal l'équilibre écologique...

SAGITTAIRE
(Droits réservés LVS/JW)

Le sagittaire, qui désigne étymologiquement un archer, évoque trois centaures, dont deux (Chiron le sage précepteur des héros, et Pholos à la carrière plus modeste) ont une histoire et un destin similaires: proches amis d'Héraclès/Hercule ils finissent accidentellement empoisonnés par une flèche trempée par le héros avec le sang de l'Hyde de Lerne. Le troisième, Krotos, semble avoir une vie plus douce, contemplateur des muses, il serait l'inventeur de l'arc... C'est du coup plutôt ce dernier, mélangé aux deux autres, qu'il m'a plu de représenter...

CAPRICORNE
(Droits réservés LVS/JW)

C'est le signe du Capricorne qui m'a le plus touché, car il peut désigner deux personnages mythologiques que j'ai choisi de mélanger dans ce dessin: Pan, archétype dans lequel je me reconnais le plus, le dieu bouc s'étant à moitié transformé en poisson pour échapper au terrible Typhon, mais aussi Amalthée, la nymphe-chèvre ayant allaité le petit Zeus, aidée par des abeilles et leur miel, et dont le nom signifie "tendre déesse". C'est de sa tête que proviendrait la fameuse corne d'abondance, qui pourrait tout aussi bien représenter son sein nourricier...

VERSEAU
(Droits réservés LVS/JW)

Le signe du verseau ("verseur d'eau") peut désigner plusieurs personnages, dont le plus célèbre est le jeune Ganymède amant de Zeus/Jupiter mais dont l'histoire m'intéresse aussi peu que celle d'Aristée. Un troisième est Deucalion, qui ayant survécu au déluge avec sa femme Pyrrha, obtint du dieu-foudre de pouvoir restaurer l'humanité en jetant des pierres derrière eux, les transformant en hommes ou en femmes selon qui les lancent. Mais c'est le quatrième personnage que j'ai choisi, le roi Cécrops, le premier des auto-chtones ("sortis de la terre"), fils de Gaïa à la queue de serpent, qui, ayant existé avant l'apparition du vin, offrait aux dieux des libations (liquide sacré versé sur la terre) d'eau. Son histoire est intéressante car ce serait sous son règne (et bien malgré lui) que serait apparue la forme politique du patriarcat: en effet, Poseidon/Neptune et Athéna/Minerve se disputent le patronage de son pays, et pour se départager, le dieu des mers fait jaillir une source d'eau salée, et la déesse de la sagesse offre au pays l'Olivier. Cécrops et les femmes du pays choisissent la déesse (statufiée dans le dessin) dont le cadeau est le plus utile. Ivre de colère le dieu génère un raz de marée qui dévaste le pays et exige pour s'apaiser que les femmes soient déchues de leur citoyenneté, qu'ainsi minorisées elles n'aient plus le droit de vote et ne puissent plus transmettre leur matronyme à leur progéniture...

POISSONS
(Droits réservés LVS/JW)

Le signe du poisson raconte plusieurs histoires, notamment celle de deux poissons ayant trouvé un gros œuf dans l'Euphrate, le poussant sur la berge pour le faire couver par Aphrodite/Vénus sous forme d'oiseau, d'où naîtra une autre déesse de même nature. Mais c'est aussi l'histoire d'Aphrodite/Vénus et son fils Eros/Cupidon qui se métamorphosèrent en poisson pour fuir (eux aussi) le terrible Typhon céphalopode...

M'voilà pour le petit voyage mythologique, à bientôt pour de nouvelles aventures!!!